
Le philosophe Bernard Stiegler disait que nous vivons « une époque sans époque » depuis le triomphe dans le monde occidental du capitalisme numérique et de la société automatiquement sous domination des politiques désindividuantes que ce capitalisme promeut pour soumettre les corps et les esprits, et la libre création de l’humanité par elle-même à travers la démocratie et la pensée des Lumières.
Mon ami Bernard Stiegler, quand il écrivait et publiait de 1994 à 2020, l’année de sa mort volontaire, possédait la lucidité de son désespoir et se trompait en ne voyant pas une époque naître au cours de ces 30 années : car cette époque porte dorénavant son nom, c’est l’époque Stiegler que nous vivons tous, à gauche, du Chili à l’Europe et de la Tunisie à Madrid et Barcelone. Cette époque porte un autre nom : de 1960 à 2022, c’est l’époque Godard qui englobe l’époque Stiegler.
Ce qui fait époque contre l’époque chez Godard comme chez Stiegler, c’est ce que Nicole Brenez écrit sur un projet Godard dans la vie et le cinéma ici :
- apprendre à défaire le cinéma qui se fait
- affirmer le rôle du cinéma dans l’Histoire pour que le cinéma soit le lieu du changement politique et du change des formes
J’augmente pour Stiegler la proposition faite pour Godard :
- apprendre à défaire la philosophie et la littérature qui se font
- affirmer le rôle de la philosophie et de la littérature dans l’Histoire pour que la philosophie et la littérature soient le lieu du changement politique et du change des formes.
(Extrait Conférence sur Gazauschwitz pour Congrès NosOtros de Rome et Conférence Historical Materialism Barcelona 2026).
Alain Jugnon.